Dimanche 29 janvier 2012 7 29 /01 /Jan /2012 21:40

 

Vous l'avez peut-être remarqué, vous qui passez régulièrement dans mon Immatériel domaine, je ne sais pas ce qui m'arrive au juste, je crois que je suis en pleine hibernation...
Je ne parviens plus

 muscardin.jpg 

 que trop rarement à m'extirper de ce satané réel, ces derniers temps...

  (illustration trouvée sur google image)

 

Par K'gire
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Jeudi 19 janvier 2012 4 19 /01 /Jan /2012 22:15

 

Probable que cela étonne, ou peut-être pas : s'il y a une chose que j'aime photographier, ou qui tout simplement aimante mon regard dans les villes et villages que je traverse, ce sont les portes.

Portes ouvertes, portes entr'ouvertes. Ou fermées.  Les portes et leurs infinis possibles.

DSC02394 

Les portes, c'est le monde de l'autre qui se tapit derrière.  A la hauteur de notre intuition, ou pas. Aussi coquet que la porte l'est... Ou aussi négligé... En harmonie, ou totalement dépareillé, et moi, je ne serai jamais invitée à la pousser. Je ne connaitrai jamais la vérité.
Je disais : les portes aimantent mon regard, et j'ajoute : elles titillent mon imaginaire !

  

 

Aux portes pimpantes et rutilantes je préfère les vieilles. Même laissées à l'abandon. Ce sont elles qui me parlent le plus, qui sont le plus chargées de vie. Ce sont elles qui sont ancrées dans les choses du monde depuis presque toujours. Ce sont elles qui en savent le plus.
Qui en ont vu le plus passer, DSC02397

d'hommes
de femmes
d'enfants
de tristes jours
de belles années. 

La porte est fermée depuis si longtemps que la végétation s'en est emparée. La nature a repris ses droits. A l'intérieur aussi. Quel est le passé de cette demeure, quels fantômes y rodent encore, parmi ronces et lierre dévorants ? Qui y a vécu et quoi, quelles amours et quelles haines, quels gestes quotidiens à jamais révolus, quelles traces encore tangibles se révelleraient à l'oeil attentif ?


DSC04009Des portes comme des ponts. 
De l'extérieur vers l'intérieur. Et vice-versa. Du vaste monde à l'abri intime.
Pont.
Entre ce qui se tend vers l'autre et les secrets qui ne sont qu'à soi. (Les portes me renvoient à moi même, extérieur, intérieur, mon visage et mon âme) Elle sont le bref passage entre deux mondes.

 

On entre, on sort, ou bien encore on ouvre en grand poDSC03893ur faire entrer l'air et la lumière. Et puis on ferme la porte, les volets sont mi-clos, juste un rai de lumière, un jet de poussières d'or. On chuchote à l'intérieur, ou bien ce sont des éclats de voix qui fusent et puis l'on ferme. Que rien n'en sorte.

 

 

Mais les portes ne sont pas des ponts. Non, car seuls traverseraient ceux qui y sont autorisés. Il faut être l'invité, ou tout au moins montrer patte blanche.
Ou bien la porte, il faut l'avoir forcée, mais c'est une autre histoire, et ce n'est pas celle qui m'intéresse...

 

  magritte.jpg

                                                                                    René Magritte

 

  

 

Par K'gire - Publié dans : les mots comme ils viennent
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Jeudi 12 janvier 2012 4 12 /01 /Jan /2012 18:00

 

Ce que j'aime, chez Jaccottet, c'est la façon dont il parle des éléments. La terre, l'eau, le soleil, l'herbe ou les plumes. Le monde qui s'offre à chacun, pour peu que ce "chacun" ouvre les yeux... Le monde, en sa touchante simplicité...

  27.JPG

 

Ce matin l'eau voile l'herbe
l'écume revient aux roseaux,
plume par le vent poussée.

 

 

 Paul-Ranson.jpg

 

La pluie a tiré un miroir
de sous les herbes surprises.
On voit de la lingerie sur le bord éparpillée :
où est la belle assez éprise
pour se tremper même en novembre,
rejointe toujours trop tard,
jamais prise, jamais pillée ?

Derrière les roseaux qui tremblent
bouge la couche des oiseaux.

Paul Ranson 

 

 

 

Par K'gire - Publié dans : des mots d'ailleurs
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Mardi 27 décembre 2011 2 27 /12 /Déc /2011 14:24

 

 

rose-givree-copie-1.JPG 

 

27 décembre 2011

Le givre ce matin
 a ourlé de scintillance
 les deux dernières roses de l'année...

 

 

 

 

 

 

 

 

  DSC04129

 

 

N'est-ce-pas qu'elles sont belles ?

 

 

...Toi qui t'attardes par ici,
je les offre à ton regard !

 
 

 

et te souhaite
une excellente fin d'année !

 

 

 

 

 

 

Par K'gire
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Dimanche 18 décembre 2011 7 18 /12 /Déc /2011 08:53

 

 

J'honore les vivants, j'ai face parmi vous.
Et l'un parle à ma droite dans le bruit de son âme
et l'autre monte les vaisseaux,
le Cavalier s'appuie de sa lance pour boire.
(Tirez à l'ombre, sur son seuil, la chaise peinte du vieillard.)

 

 

J’honore les vivants, j’ai grâce parmi vous.

Dites aux femmes qu’elles nourrissent,

Qu’elles nourrissent sur la terre ce filet mince de fumée…

Et l’homme marche dans les songes et s’achemine vers la mer

Et la fumée s’élève au bout des promontoires.

      

  

J’honore les vivants, j’ai hâte parmi vous.

Chiens, ho ! mes chiens, nous vous sifflons…

Et la maison chargée d’honneurs et l’années jaune entre les feuilles

Sont peu de chose au cœur de l’homme s’il y songe :

Tous les chemins du monde nous mangent dans la main !

 

 Collioure--4-.JPG

 

 

 

Par K'gire - Publié dans : les dimanches poétiques
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Dimanche 11 décembre 2011 7 11 /12 /Déc /2011 07:32

 

 

  

Aragon et Elsa 

 

 

    

 Les mains d'Elsa



 

   

Donne-moi tes mains pour l'inquiétude
Donne-moi tes mains dont j'ai tant rêvé
Dont j'ai tant rêvé dans ma solitude
Donne-moi tes mains que je sois sauvé
Lorsque je les prends à mon pauvre piège
De paume et de peur de hâte et d'émoi
Lorsque je les prends comme une eau de neige
Qui fond de partout dans mes main à moi
Sauras-tu jamais ce qui me traverse
Ce qui me bouleverse et qui m'envahit
Sauras-tu jamais ce qui me transperce
Ce que j'ai trahi quand j'ai tressailli
Ce que dit ainsi le profond langage
Ce parler muet de sens animaux
Sans bouche et sans yeux miroir sans image
Ce frémir d'aimer qui n'a pas de mots
Sauras-tu jamais ce que les doigts pensent
D'une proie entre eux un instant tenue
Sauras-tu jamais ce que leur silence
Un éclair aura connu d'inconnu
Donne-moi tes mains que mon coeur s'y forme
S'y taise le monde au moins un moment
Donne-moi tes mains que mon âme y dorme
Que mon âme y dorme éternellement.


Louis Aragon - Extrait du "Fou d'Elsa"

 

 

...Ceci était ma participation du jour aux Dimanches Poétiques. 
Pour avoir la liste complète des participants, rendez-vous chez 
Bookworm ! 

 

Par K'gire - Publié dans : les dimanches poétiques
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Jeudi 8 décembre 2011 4 08 /12 /Déc /2011 14:34


Elle est assise là au bord de la rivière, elle ne fait rien seulement regarder. Je ne sais pas si elle est vraiment là ou pas, si elle regarde attentivement l'eau comme s'il y avait de merveilleux poissons ou bien si elle s'y laisse confondre... 

Eau miroir bercement flottement

Elle allume une cigarette et puis une autre, son regard se perd, elle rêve dans la fumée comme en son propre brouillard enveloppée. Sa vie lui apparait en images floues qui soudain s'éclairent, suite de flashes qui s'enchainent au fil des heures roulées par le fleuve.


6 heures... Les brumes se dissipent... Elle marche d'un pas mal assuré dans l'allée de gravier. Oh ! Ce caillou il est si blanc qu'il en est transparent et puis le soleil y éclate ! Elle se baisse pour le ramasser, culbute puis  s'assoit tranquille, le prend dans sa petite main, l'observe longuement puis le met dans sa bouche... 

Elle esquisse un sourire, les années ont passé, elle en reçoit encore des vagues d'enfance chaudes et tenaces comme autant de bouffées de rires

7 heures... Elle est avec son amie Flo comme souvent le mercredi. Elles jouent à l'écart des adultes, car elles ne sont pas sûre d'y être vraiment autorisées, avec le téléphone, et se succèdent les rires, à chaque numéro fait au hasard, à chaque nouveau scénario qui fait tomber des nues leur interlocuteur.

ou d'émotions

 
8  heures, les sanglots longs des violons... Elle est au tableau. Elle regarde dehors pour moins être intimidée par la classe. Sa voix tremble un peu, elle essaie de la calmer. D'abord elle ne comprend pas. Puis d'un coup elle sait. L'âme de Verlaine,  vibrante de mots et de musique, là, si proche, qu'elle en est toute retournée. 

  et serrements de coeur

9 heures, vagabond sous la pluie... C'est un chien de ferme, sans âge,  miteux et sale qu'ellle a rencontré un jour de pluie dans la campagne. Elle lui a parlé,  l'a caressé. Lui l'a suivie, il aurait bien voulu rester sur ses talons à Elle jusqu'à la fin. Bien sûr elle n'a pas pu le faire entrer,  a dû négocier ferme pour au moins le ramener chez lui, mouillé de pluie, si gris et elle aussi, pour ne pas qu'il se perde.  

Turbulences,
adolescence,
du rêve et du réel, soi et les autres comme autant de découvertes tendres

10 heures, des pierres chaudes... Elle le regarde dormir, ou bien il fait semblant. Il est allongé près d'elle sur une pierre chaude au bord du torrent. Torse mouillé luisant sous le soleil. Sous le soleil, exactement. Quels sont ces doux démons qui rôdent...

ou amères

11 heures, noire parenthèse... Il y eut d'autres rencontres, les mondes coexistent ici-bas, avec des enfants nés dans la misère. Elle croyait pouvoir, elle n'a pas su le ramener dans sa lumière à elle, l'histoire fut belle un peu puis dérapa tant, qu'elle dû s'envoler à tire d'ailes...Elle y laissa plus que des bleus au corps,  d'invisibles et tenaces cicatrices.

Les jours défilent, les heures et les années de jeunesse comme les plus libres souvent,  incertaines et chaotiques parfois... Puis viennent les années des grands choix,
choisir comme on renonce,
ou choisir comme on construit

12 h - Jour de fête... Des cloches qui battent à la volée, elle se marie en ce jour mi-brillant mi-ruisselant de pluie de mars. Quand elle y pense, il lui reste si peu de souvenir de ce jour qu'on dit le plus beau ! Juste leur envie à tous les deux de se bâtir un tendre et simple monde, une maison et quelques arbres, à peupler d'enfants et d'animaux...

 

13 h, extraordinaire aujourd'hui... C'était vraiment vrai, alors, que c'était possible, que c'était comme ça pour toutes depuis le premier jour du monde et que c'était vraiment vrai encore pour elle aujourd'hui. Neuf mois et le voilà, lui, petit ange tombé de quel ciel...  Lui, l'unique et le semblable...

 

de 13 à 15 h, douces minutes... Minutes si douces, si tendres. Les regarder grandir, ces tout-petits venus d'elle et de son Elu, redécouvrir les choses de la Terre à travers leurs yeux tout neufs : du bonheur, rien que du bonheur -à quelques veilles inquiètes près.

 

Elle allume une dernière cigarette. La fraîcheur tombe et les brouillards se confondent. Dedans dehors dehors dedans. L'eau se perd dans le ciel. Le froid perce sa peau. Elle pense que tous les contes se terminent de la même façon. Ils se marièrent et eurent beaucoup d'enfants. Elle pense à ce que cette fin a d'ambigü. Serait-ce donc là que l'histoire doit s'arrêter, quand on en a posé un à un tous les pions ? Ou bien est-ce là que l'histoire, la vraie, commence ?  Elle ne sait pas trop. L'histoire semble se mettre à glisser doucement, à lui filer entre les doigts inexorablement, comme cette eau qui maintenant la fait frissonner.  

 

 

Par K'gire - Publié dans : les mots comme ils viennent
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Dimanche 27 novembre 2011 7 27 /11 /Nov /2011 07:40

 

 Bleu de bleu

DSC01818    

Quand j’ai besoin de bleu,
Quand j’ai besoin, de bleu, de bleu,
De bleu de mer et d’outre-mer,
De bleu de ciel et d’outre-ciel,
De bleu marin, de bleu céleste ;

D-Ouille-a-Collioure--2-.JPG
Quand j’ai besoin profond,
Quand j’ai besoin altier,
Quand j’ai besoin d’envol,
Quand j’ai besoin de nage,
Et de plonger en ciel,
Et de voler sous l’eau ;

 

Criques-de-Porteils--2-.JPG
Quand j’ai besoin de bleu
Pour l’âme et le visage,
Pour tout le corps laver,
Pour ondoyer le cœur ;
Quand j’ai besoin de bleu
Pour mon éternité,
Pour déborder ma vie,
Pour aller au-delà

 

DSC04014.JPG
Rassurer ma terreur
Pour savoir qu’au-delà
Tout reprend de plus belle ;
Quand j’ai besoin de bleu,
L’hiver,
Quand j’ai besoin de bleu,
La nuit

 

modigliani.jpg
J’ai recours à tes yeux.

Jean MOGIN, La Belle Alliance, Robert Laffont.

Jean Mogin, né à Bruxelles le 25 avril 1921 et mort le 7 avril 1986 à Bruxelles, est un poète, auteur dramatique et journaliste belge de langue française.

 

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Présentation

Qui je suis

Il n'aurait fallu
Qu'un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne

Qui donc a rendu
Leurs couleurs perdues
Aux jours aux semaines
Sa réalité
A l'immense été
Des choses humaines

Moi qui frémissait
Toujours je ne sais
De quelle colère
Deux bras ont suffit
Pour faire à ma vie
Un grand collier d'air

Rien qu'un mouvement
Ce geste en dormant
Léger qui me frôle
Un souffle posé
Moins Une rosée
Contre mon épaule

Un front qui s'appuie
A moi dans la nuit
Deux grands yeux ouverts
Et tout m'a semblé
Comme un champ de blé
Dans cet univers

Un tendre jardin
Dans l'herbe où soudain
La verveine pousse
Et mon coeur défunt
Renait au parfum
Qui fait l'ombre douce.

Louis Aragon

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