Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 22:01

 

Au hasard de mes pérégrinations sur la Toile, je suis tombé sur ce texte célèbre et tellement beau, la réponse du Chef indien Seattle au Président américain, en 1854, alors que ce dernier proposait aux Indiens de la tribu Suquamish de négocier leurs terres. 
Peut-être connaissez-vous ce discours, dont je reprends ci-dessous la dernière version, celle de Ted Perry, qui date des années 70 -
à laquelle on peut reprocher, certes, quelques anachronismes qui n'enlèvent rien ni à son esprit, ni à sa force ! 

Chef-20seattle_01.jpg

 

Comment pouvez-vous acheter ou vendre le ciel, la chaleur de la terre ? L'idée nous paraît étrange. Si nous ne possédons pas la fraîcheur de l'air et le miroitement de l'eau, comment est-ce que vous pouvez les acheter ?

Chaque parcelle de cette terre est sacrée pour mon peuple. Chaque aiguille de pin luisante, chaque rive sableuse, chaque lambeau de brume dans les bois sombres, chaque clairière et chaque bourdonnement d'insecte est sacré dans le souvenir et l’expérience de mon peuple.

La sève qui coule dans les arbres transporte les souvenirs de l'homme rouge. Les morts des hommes blancs oublient le pays de leur naissance lorsqu'ils vont se promener parmi les étoiles. Nos morts n'oublient jamais cette terre magnifique, car elle est la mère de l'homme rouge. Nous sommes une partie de la terre, et elle fait partie de nous. Les fleurs parfumées sont nos sœurs ; le cerf, le cheval, le grand aigle, ce sont nos frères. Les crêtes rocheuses, les sucs dans les prés, la chaleur du poney, et l'homme tous appartiennent à la même famille.

Aussi lorsque le Grand Chef à Washington envoie dire qu'il veut acheter notre terre, demande-t-il beaucoup de nous. Le Grand Chef envoie dire qu’il nous réservera un endroit de façon que nous puissions vivre confortablement entre nous. Il sera notre père et nous serons ses enfants. Nous considérons donc votre offre d'acheter notre terre. Mais ce ne sera pas facile. Car cette terre nous est sacrée.

Cette eau scintillante qui coule dans les ruisseaux et les rivières n'est pas     seulement de l’eau mais le sang de nos ancêtres. Si nous vous vendons de la terre, vous devez vous rappeler qu'elle est sacrée et que chaque reflet spectral dans l’eau claire des lacs parle d'événements et de souvenirs de la vie de mon peuple. Le murmure de l'eau est la voix du père de mon père.

Les rivières sont nos frères, elles étanchent notre soif. Les rivières portent nos canoës et nourrissent nos enfants. Si nous vous vendons notre terre, vous devez désormais vous rappeler, et l’enseigner à vos enfants, que les rivières sont nos frères et les vôtres, et vous devez désormais montrer pour les rivières la tendresse que vous montreriez pour un frère.

Nous savons que l’homme blanc ne comprend pas nos mœurs. Une parcelle de terre ressemble pour lui à la suivante, car c'est un étranger qui arrive dans la nuit et prend à la terre ce dont il a besoin. La terre n'est pas son frère, mais son ennemi, et lorsqu'il la conquise, il va plus loin. Il abandonne la tombe de ses aïeux, et cela ne le tracasse pas. Il enlève la terre à ses enfants et cela ne le tracasse pas. La tombe de ses aïeux et le patrimoine de ses enfants tombent dans l’oubli. Il traite sa mère, la terre, et son frère, le ciel, comme des choses à acheter, piller, vendre comme les moutons ou les perles brillantes. Son appétit dévorera la terre et ne laissera derrière lui qu'un désert.

Je ne sais pas. Nos mœurs sont différentes des vôtres. La vue de vos villes fait mal aux yeux de l’homme rouge. Mais peut-être est-ce parce que l'homme rouge est un sauvage et ne comprend pas.

Il n'y a pas d'endroit paisible dans les villes de l'homme blanc. Pas d'endroit pour entendre les feuilles se dérouler au printemps, ou le froissement des ailes d'un insecte. Mais peut-être est-ce parce que je suis un sauvage et ne comprends pas. Le vacarme semble seulement insulter les oreilles. Et quel intérêt y a-t-il à vivre si l'homme ne peut entendre le cri solitaire de l'engoulevent ou les palabres des grenouilles autour d'un étang la nuit ? Je suis un homme rouge et ne comprends pas. L’Indien préfère le son doux du vent s'élançant au-dessus de la face d'un étang, et l'odeur du vent lui-même, lavé par la pluie de midi, ou parfumé par le pin pignon.

L'air est précieux à l'homme rouge, car toutes choses partagent le même souffle - la bête, l'arbre, l'homme, ils partagent tous le même souffle. L’homme blanc ne semble pas remarquer l'air qu'il respire. Comme un homme qui met plusieurs jours à expirer, il est insensible à la puanteur. Mais si nous vous vendons notre terre, vous devez vous rappeler que l'air nous est précieux, que l'air partage son esprit avec tout ce qu'il fait vivre. Le vent qui a donné à notre grand-père son premier souffle a aussi reçu son dernier soupir. Et si nous vous vendons notre terre, vous devez la garder à part et la tenir pour sacrée, comme un endroit où même l'homme blanc peut aller goûter le vent adouci par les fleurs des prés.

Nous considérerons donc votre offre d'acheter notre terre. Mais si nous décidons de l'accepter, j'y mettrai une condition : l'homme blanc devra traiter les bêtes de cette terre comme ses frères.

Je suis un sauvage et je ne connais pas d’autre façon de vivre. J’ai vu un millier de bisons pourrissant sur la prairie, abandonnés par l’homme blanc qui les avait abattus d'un train qui passait. Je suis un sauvage et ne comprends pas comment le cheval de fer fumant peut être plus important que le bison que nous ne tuons que pour subsister.

Qu'est-ce que l'homme sans les bêtes. Si toutes les bêtes disparaissaient, l'homme mourrait d'une grande solitude de l’esprit. Car ce qui arrive aux bêtes, arrive bientôt à l'homme. Toutes choses se tiennent.

Vous devez apprendre à vos enfants que le sol qu'ils foulent est fait des cendres de nos aïeux. Pour qu'ils respectent la terre, dites à vos enfants qu'elle est enrichie par les vies de notre race. Enseignez à vos enfants ce que nous avons enseigné aux nôtres, que la terre est notre mère. Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Si les hommes crachent sur le sol, ils crachent sur eux-mêmes.

Nous savons au moins ceci : la terre n'appartient pas à l’homme ; l’homme appartient à la terre. Cela, nous le savons. Toutes choses se tiennent comme le sang qui unit une même famille. Toutes choses se tiennent.

Tout ce qui arrive à la terre, arrive aux fils de la terre. Ce n'est pas l'homme qui a tissé la trame de la vie : il en est seulement un fil. Tout ce qu'il fait à la trame, il le fait à lui-même.

Même l'homme blanc, dont le Dieu se promène et parle avec lui comme deux amis ensemble, ne peut être dispensé de la destinée commune. Après tout, nous sommes peut-être frères. Nous verrons bien. Il y a une chose que nous savons, et que l'homme blanc découvrira peut-être un jour - c'est que notre Dieu est le même Dieu. Il se peut que vous pensiez maintenant le posséder comme vous voulez posséder notre terre, mais vous ne pouvez pas. Il est le Dieu de l'homme, et sa pitié est égale pour l'homme rouge et le blanc. Cette terre Lui est précieuse, et nuire à la terre, c'est accabler de mépris son créateur. Les Blancs aussi disparaîtront ; peut-être plus tôt que toutes les autres tribus. Contaminez votre lit, et vous suffoquerez une nuit dans vos propres détritus.

Mais en mourant vous brillerez avec éclat, ardents de la force du Dieu qui vous a amenés jusqu'à cette terre et qui pour quelque dessein particulier vous a fait dominer cette terre et l'homme rouge. Cette destinée est un mystère pour nous, car nous ne comprenons pas lorsque les bisons sont tous massacrés, les chevaux sauvages domptés, les coins secrets de la forêt chargés du fumet de beaucoup d'hommes et la vue des collines en pleines fleurs ternies par des fils qui parlent.

Où est le hallier ? Disparu. Où est l’aigle ? Disparu. La fin de la vie et le début de la survivance.

  

Par K'gire - Publié dans : des mots d'ailleurs
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Dimanche 22 avril 2012 7 22 /04 /Avr /2012 07:57

 

Je me redresse avec effort et je regarde :
il y a trois lumières, dirait-on.
Celle du ciel, celle qui de là-haut
s'écoule en moi, s'efface,
et celle dont ma main trace l'ombre sur la page.

 

L'encre serait de l'ombre.

 

Ce ciel qui me traverse me surprend.

 

On voudrait croire que nous sommes tourmentés
pour mieux montrer le ciel. Mais le tourment
l'emporte sur ces envolées, et la pitié
noie tout, brillant d'autant de larmes
que la nuit.

  arc en ciel

Par K'gire - Publié dans : les dimanches poétiques
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Jeudi 12 avril 2012 4 12 /04 /Avr /2012 10:24

 

Qui n'a pas vu de ses propres yeux la cathédrale d'Albi ne l'a pas réellement vue.

Tu peux l'avoir vue en photo, ou avoir suivi de superbes reportages télévisés, mais je le répète, qui n'a pas vu de ses propres yeux la cathédrale d'Albi ne l'a pas réellement vue.  De la cathédrale Sainte Cécile, aucun film, aucune photo ne peut rendre compte. Il faut l'avoir approchée de ses pieds, touchée de son oeil.

Elle se dresse soudain devant toi, Forteresse.
Et toi, tu es tout petit, une poussière d'humain minuscule. Les siècles t'écrasent, l'oeuvre humaine te laisse pantois

 

Albi 10

 

Tu fais lentement le tour du vaisseau massif, et puis tu pénètres dans la nef.
 

Et là, l'improbable contraste ! Une deuxième surprise te subjugue... Quelle merveille de finesse ! Ciselures,
dentelles de la pierre blanche des 270 statues que loge le choeur, et puis la voûte, ah, la voute !

"la première et la plus vaste surface peinte de la Renaissance italienne en France : une voûte réalisée en 3 années 1509/1512, représentant la voûte céleste dont le bleu d'origine minérale est extraordinairement préservée". (source : office du tourisme d'Albi)

J'ai renoncé à prendre des photos, impossible, trop. Trop grand, trop loin, trop beau, insaisissable.

 

Albi 6

Albi 2

 

 

Nous avons ensuite rejoint le Tarn, en passant par les jardins.

 

 

 

 

 

 

Comme à Toulouse, l'alliance des eaux et de la brique est tout simplement belle,  et je trouve cette fois mes photos assez représentatives :

 

  Albi 3

 

Albi 4

 

   

  Albi 9

 

 

 

Et pour finir, un zeste de tendre fantaisie,
au détour d'une rue :)

Par K'gire - Publié dans : coups de coeur
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Mardi 27 mars 2012 2 27 /03 /Mars /2012 22:38

 

 

Ordre de mission.
Deux jours à passer dans le coeur historique de ma propre ville, que je ne prends guère le temps de fréquenter.
L'adresse est vague, le bâtiment mal indiqué, je le trouve enfin, au fond de la deuxième cour à droite, après avoir interrogé deux personnes.
Il me faut ensuite gravir trois étages.

Je ne sais comment la qualifier, cette bâtisse, deux mots se disputent la première place : magnifique et délabré.
 

Magnifique : brique vermeille entre eau et ciel.
Délabré : les escaliers qui craquent, la décrépitude des murs intérieurs.

 

Je ne m'appesantirais pas sur l'objet de ma mission. La tâche est simple, il s'agit surtout d'être là... J'ai le temps de tourner dans la pièce qui m'héberge, elle n'est pas grande, mal éclairée, bruyante (ils sont fous, mettre la clim à fond, on n'est que fin mars tout de même !) La fenêtre est étroite, équipée de barreaux.
Et la vue

à couper le souffle !

Serais-je amoureuse de la Garonne ?

 

le-bazacle.jpg 

(la clim n'est pas une clim, c'est la Garonne et personne ne peut la couper. Le fracas me devient du même coup supportable et... même plus !)

 

 

(photo Google image)

 

 

 

Le lendemain j'arrive plus tôt, je m'accorde une balade sur les quais -quai de la Daurade,  quai St Pierre- au petit matin, ce ne sont que des instants, de délicieux instants que j'ai voulu saisir, garder dans ma p'tite boite :

 

DSC04217

Du bleu du rose du clair du sombre 
reflets  lumière
Je serais peintre
M'éclaterais dans les pinceaux

 

DSC04220

 

 

Par K'gire - Publié dans : Instants
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Dimanche 18 mars 2012 7 18 /03 /Mars /2012 21:07

 

Ecris vite ce livre, achève vite aujourd'hui ce poème
avant que le doute de toi ne te rattrape,
la nuée des questions qui t'égare et te fait broncher,
ou pire que cela...
                                  Cours au bout de la ligne,
comble ta page avant que ne fasse trembler
tes mains la peur -de t'égarer, d'avoir mal, d'avoir peur,
avant que l'air ne cède à quoi tu es adossé
pour quelque temps encore, le beau mur bleu.
Parfois déjà la cloche se dérègle dans le beffroi d'os
et boite à en fendre les murs.

Ecris, non pas "à l'ange de l'Eglise de Laodicée",
mais sans savoir à qui, dans l'air, avec des signes
hésitants, inquiets, de chauve-souris,
vite, franchis encore cette distance avec ta main,
relie, tisse en hâte, encore, habille-nous,
bêtes frileuses, nous taupes maladroites,
couvre-nous d'un dernier pan doré de jour
comme le soleil fait aux peupliers et aux montagnes.

                                                            Philippe Jaccottet - A la lumière d'hiverCopie-de-paysage--1-.jpg

 

 

Par K'gire - Publié dans : les dimanches poétiques
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Lundi 5 mars 2012 1 05 /03 /Mars /2012 22:56

 

Je mène ma petite enquête...

 

"On prend un livre dans ses bras, puis on le quitte, on va vers le suivant. Les livres sont faits de poussière. Les livres sont faits de vent. Les livres sont faits du plus précieux de nos songes : poussière et vent. On y chemine, on les traverse. On les oublie. Parfois c'est autrement. Parfois on reste auprès du livre, auprès du feu. Parfois on sait que l'on a tout trouvé, en une seule fois, en une seule phrase. C'est une phrase qui vous concerne à peine. Elle est négligeable et elle vous emmène d'un seul coup jusqu'au terme de vos jours. Elle dit quelque chose qui viendra dans longtemps. Elle dit beaucoup plus que tout ce qu'elle dit."
Christian Bobin - La part manquante

 

L'avez-vous trouvé ce livre-là, plus précisément cette petite phrase-là qui vous dit tout en une seule fois ? Peux-tu  me l'écrire, toi, cette petite phrase-là, que tu tiens toujours au chaud tout contre ton coeur battant ?

la_nuit_etoilee.jpg

 

 

Par K'gire - Publié dans : Ecrire... Lire
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Dimanche 4 mars 2012 7 04 /03 /Mars /2012 07:12

Une poèsie de Philippe Jaccottet à déguster ce dimanche... Et pour avoir la liste des participants aux "Dimanches poétiques", c'est par ici !  

 

magritte-nuage-et-pierre                                                            René Magritte

 

 

Il se dessine une veine rose dans l'air
 et peu à peu plusieurs, comme sous la peau
d'une main jeune qui salue ou dit adieu.
Il s'insinue une douceur dans la lumière
comme pour aider à traverser la nuit.

 

Autant de plumes, tourterelle, pour tes ailes,
autant de rumeurs tendres à tes lèvres, inconnue.

 Philippe Jaccottet - A la lumière d'hiver

 

  

Par K'gire - Publié dans : les dimanches poétiques
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Mardi 28 février 2012 2 28 /02 /Fév /2012 22:07

 

Je rentre de vacances, ça m'a fait un bien fou cette semaine dans mon paradis blanc, cher petit pays pyrénéen tout de glaces et de neiges.

J'en ai ramené quelques images, bien sûr, et puis me suis laissée aller à mon inspiration poétique du jour - et tout bien réfléchi, je crois avoir subi plus ou moins consciemment l'influence de mon amie Lily :)    

 

PO

Délice de sucre et d'enfance
Rondeurs froides
Dentelles de lumière !

 

 PO   Oeil du ciel
tendrement

Te loves dans la neige

 

 

Pyrénées orientales

Orgues de glace coupante et fragile
Beauté éphémère que j'admire

 

 

PO    

Bel arbre, 
Sentinelle,
sur ma sérénité tu
Veilles ! 

 

Par K'gire - Publié dans : les mots comme ils viennent
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Pour que la mort vienne
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A l'immense été
Des choses humaines

Moi qui frémissait
Toujours je ne sais
De quelle colère
Deux bras ont suffit
Pour faire à ma vie
Un grand collier d'air

Rien qu'un mouvement
Ce geste en dormant
Léger qui me frôle
Un souffle posé
Moins Une rosée
Contre mon épaule

Un front qui s'appuie
A moi dans la nuit
Deux grands yeux ouverts
Et tout m'a semblé
Comme un champ de blé
Dans cet univers

Un tendre jardin
Dans l'herbe où soudain
La verveine pousse
Et mon coeur défunt
Renait au parfum
Qui fait l'ombre douce.

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