Samedi 21 novembre 2009



Si, après avoir expiré, tu n'arrives plus à inspirer, alors tu te trouves dans cet endroit. Mais au fond, en y pensant maintenant, ça ne fait pas si mal que ça. Personne ne l'imagine.
Après c'est vrai, il y a les peurs qui arrivent, la panique, un sentiment d'impuissance, et aussi l'angoisse par rapport aux gens qu'on ne voudrait pas quitter. Mais en fin de compte, ces états d'âme ont la même consistance qu'un rêve.
Peu après, le calme revient, ce grand intervalle dans lequel on a le privilège de pouvoir repenser la vie.
On la regarde défiler comme on regarde les statues d'une très longue procession. Et de temps en temps, il nous semble carrément éprouver une sensation de bien-être.
C'est incroyable. Seul le futur nous met en émoi.
Le futur qui s'en fiche et empiète sur les lieux où nos choses étaient posées.
On voudrait dire au futur de passer au large et de ne pas toucher.
(le cirque chaviré - p 162)




Par Cagire - Publié dans : ça et là
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Jeudi 19 novembre 2009


Oiseau déchiré
Oiseau coulé en plein vol

Oiseau, dis-moi,

Dis moi, Oiseau, de ton oeil rond,
De ton oeil rond qui s'éteint
Et qui meurt,
Que leur avais-tu fait, Oiseau,
Que leur avais-tu fait
Pour qu'ils te déchirent
Et mordent ton petit coeur tendre,
Dis-moi, Oiseau, de ton oeil rond ?

Parce qu'ils t'ont tué,
Oiseau si petit,
Oiseau si inutile,
Oiseau d'Ailleurs si lointain et différent,
Ils peuvent dormir maintenant.

Oiseau, Oiseau,
Oiseau perdu,
Oiseau brouillé
A travers mes larmes,
Dis-moi, Oiseau,
Oiseau,
Qui vais-je aimer à présent,
Oiseau,
Oiseau, dis-moi, Oiseau,
Qui vas chanter à présent ?













"Les jours s'en vont, je demeure"
Grisaille du jour et vieux tiroirs... Ce poème là, je l'ai écrit il y a bien longtemps,  je sortais à peine de l'adolescence. Je me souviens précisément de l'état d'esprit qui alors m'habitait, et je me dis que
décidément, il est des choses qui ne changent pas...

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Samedi 14 novembre 2009


C'est drôle. Pour moi, les jours, les mois, les années n'ont guère d'importance. Le 12 était l'anniversaire d'Orion f d c, je n'y ai pas même pensé.
Déjà un an. Pourtant j'ai toujours l'impression d'en être à mes premiers jours. Faut dire que je ne parviens pas à être aussi présente que je le souhaiterais. Les chiffres brassés tout au long de la journée mettent à mal mon cerveau, et quand vient le soir, il a perdu tous ses mots. Dieu sait pourtant (enfin, peut-être) combien je les préfère aux chiffres, les mots. Foutu boulot...

Anniversaire. Revenir aujourd'hui à l'origine. Une pensée pour Jean Giono, et pour mon livre phare, dont voici les premières lignes.
Prenez le temps, laissez vous porter...
Moi, j'en ai déjà le coeur qui tremble...

C'était une nuit extraordinaire.
Il y avait eu du vent, il avait cessé, et les étoiles avaient éclaté comme de l'herbe. Elles étaient en touffes avec des racines d'or, épanouies, enfoncées dans les ténèbres et qui soulevaient des mottes luisantes de nuit.
Jourdan ne pouvait pas dormir. Il se tournait, il se retournait.
"Il fait un clair de toute beauté", se disait-il.
Il n'avait jamais vu ça.
Le ciel tremblait comme un ciel de métal. On ne savait pas de quoi puisque tout était immobile, même le plus petit pompon d'osier. Ca n'était pas le vent. C'était tout simplement le ciel qui descendait jusqu'à toucher la terre, racler les plaines, frapper les montagnes et faire sonner les corridors des forêts. Après, il remontait au fond des hauteurs.
Jourdan essaya de réveiller sa femme.
"Tu dors ?
- Oui.
- Mais tu réponds ?
- Non.
- Tu as vu la nuit ?
- Non.
- Il fait un clair superbe.
Elle resta sans répondre et fit aller un gros soupir, un claquer des lèvres et puis un mouvement d'épaules comme une qui se défait d'un fardeau.
"Tu sais à quoi je pense ?
- Non.
- J'ai envie d'aller labourer entre les amandiers.






Elle me frappe terriblement fort, cette beauté des choses de la Terre, à travers les textes de Giono, comme une des grandes raisons d'aimer la vie...







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Mardi 10 novembre 2009

Cette cabane a plusieurs visages.

Hier, je la voyais
si petite
si infiniment triste et solitaire,
une ruine dévorée par la végétation.
 















                                   Mas d'Azil - 2009


Je la trouve si belle aujourd'hui.
Enracinée dans les choses vivantes.
Parfaitement intégrée.
En harmonie.
Apaisante.
Simple bonheur de la contempler,
et même en photo...

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Samedi 7 novembre 2009
 

Je n'avais jamais parlé de mon petit compagnon, avant qu'Enriqueta ne me le suggère...


Je disais,
De chat, moi, je n'en veux pas.
Un chat, c'est ingrat, ça ne vous connait pas.
C'est cruel, c'est sans coeur,
Un chasseur, un joueur,
Ca ne s'attache pas.

Puis,

Vinrent ces jours où je voyais,
Accroupie dans le fossé
Qui longe la maison,
Ma 'tite Jimmie
Qu'avait alors 7 ans,
Des croquettes fauchées en douce aux chiens
Pleins les mains,
Pour Toi
Oui,
Pour Toi,  jeune chat venu de je ne sais où,
Mais qui demeurait là
Perdu,
Réfugié là, 
Abandonné
Moi, je vous regardais, je ne disais rien
Ne voulant rien briser,
Je murmurais juste, intérieurement, "demain il partira,
Et toi, enfant, tu pleureras" 

Puis

Vint encore ce jour
Le jour du fabuleux destin
Oui, celui d'Amélie Poulain
Que nous allâmes voir au ciné,
l'Homme et moi.

Vint ce soir-là de
Grand déluge,
Orage d'été
Essuies glaces vitesse grand V
Et puis, à l'arrivée
Toujours Toi,
Le même chaton
Trempé
Dans son fossé.
Et là
Nous nous sommes regardés
L'Homme et moi,
Fallait quand même lui donner un toit
Après un film si tendre...


Neuf ans après, t'es toujours là
Bon gros matou
Tout blanc tout roux
Présence feutrée et ronronnante
A ta distance à toi toute de chat,
Je lève les yeux,
Je te vois là
Si beau
Si souple
Si apaisant...






Mais... Comment penser "chat" sans penser Baudelaire ? C'est tellement beau, à lire et à relire...


Les amoureux fervent et les savants austères
Aiment également, dans leur mûre saison
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison
Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires

Amis de la science et de la volupté,
Ils cherchent le silence et l'horreur des ténèbres ;
L'Erèbe les eût pris pour ses courriers funèbres
S'ils pouvaient au servage incliner leur fierté.

Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
Qui semblent s'endormir dans un rêve sans fin ;

Leurs reins féconds sont pleins d'étincelles magiques,
Et des parcelles d'or, ainsi qu'un sable fin,
Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques.






Par Cagire - Publié dans : les mots de Cagire
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Dimanche 1 novembre 2009

Pour qui aime lire, excellente idée que celle de Sylire et Lisa avec le blogoclub : il s'agit de lire le même livre, ou autour d'un thème donné, puis d'en parler sur son propre blog. Cette fois ci, le thème en était "lectures autour de Boris Vian".
Et j'ai choisi de lire "l'écume des jours", pour ma première participation.



Comment résumer ce livre en quelques mots ?
Un roman d'amour.
Une histoire d'amour, qui commence dans la fantaisie la plus étonnante et qui s'achève dans la tragédie la plus implacable.

Six jeunes personnages se partagent l'espace du roman.
Les deux principaux : Colin et Chloé,
Puis leurs amis : Chick et Alise,
Enfin Nicolas le cuisinier de Colin, et Isis.

Pourquoi ai-je choisi ce livre ?
Je l'avais acheté il y a... une vingtaine d'années  (!), j'en avais lu une trentaine de pages, puis n'ayant vraiment pas accroché, j'avais laissé tombé. Impossible pour moi de rentrer dans cette histoire des plus farfelues, trop loin du réel. La fantaisie ça va un peu, ça fait rire un moment, et puis ça fatigue...

L'utilisation du coupe-ongles pour se tailler en biseau les coins des paupières pour donner du mystère à son regard,
Les comédons qui se voient laids dans le miroir et se cachent prestement sous la peau,
Le tapis de bain que l'on fait dégorger avec du gros sel et qui se met à baver en faisant des bulles de savon,
L'anguille qui sort de la conduite d'eau froide du lavabo pour manger le dentifrice,
ça va un peu. On sourit un temps et puis ce n'est plus drôle.

Je disais donc, 20 ans après j'ai repris cette lecture, avec rapidement le même agacement, mais, blogoclub oblige, j'ai décidé de continuer malgré tout.
Et quel bonheur ! Oui, au delà d'un certain nombre de pages, la magie opéra. Ces jeunes personnages, finalement je me suis prise à les aimer, malgré le drôle de monde qui est le leur. Et si leur monde étonne, eux sont faits comme nous, sans doute, éprouvant les mêmes sentiments quasiment.
Des jeunes gens d'une vingtaine d'années, sympathiques, attachants de pureté, d'innocence.

J'ai aimé : Colin qui conjugue, en attendant l'amour "Je voudrais être amoureux. Tu voudrais être amoureux. Il voudrait idem (être amoureux). Nous, vous, voudrions, voudriez être. Ils voudraient également tomber amoureux..."

Je me suis prise au jeu des jeux de mots (je repense au pharmacien qui exécute l'ordonnance avec une petite guillotine). Sourire.

La fantaisie parfois rappelle aussi terriblement la réalité. A peine dépassé le premier tiers du roman, qu'une angoisse vague s'éveille en nous. Le monde change progressivement. S'étrique. Les couleurs ne sont plus les mêmes. L'environnement oppresse. L'angoisse, notre angoisse à nous, à moi, à toi, n'est-elle pas ainsi ressentie parfois ?
Ca commence à mal tourner au chapitre XXIV "La grande voiture blanche se frayait précautionneusement un chemin dans les ornières de la route. Colin et Chloé, assis derrière, regardaient le paysage avec un certain malaise. Le ciel était bas, des oiseaux rouges volaient au ras des fils télégraphiques en montant et descendant comme eux, et leurs cris aigres se reflétaient sur l'eau plombée des flaques."
Ainsi, les histoires d'amour ne durent pas : une drôle d'histoire de nénuphar ronge Chloé (et donc Colin), le couple Chick/Alise est mis en péril  par la passion incontrôlée que Chick voue à... Jean-Sol Partre.

En conclusion, j'ai vraiment aimé : ouvrage marquant pour moi, en grande partie pour sa dualité, toute la gravité des grands thèmes de l'existence -l'amour, la vie, la mort, la souffrance-  que l'on trouve derrière la fantaisie la plus débridée. Sourires et émotion...
Je citerais un dernier passage, clé à mon avis :
"A l'endroit où les fleuves se jettent dans la mer il se forme une barre difficile à franchir et de grands remous écumeux où dansent les épaves. Entre la nuit du dehors et la lumière de la lampe, les souvenirs refluaient de l'obscurité, se heurtaient à la clarté et, tantôt immergés, tantôts apparents, montraient leurs ventres blancs et leurs dos argentés."

Lumière sur le titre du roman, non ?
Par Cagire - Publié dans : carnet de lecture
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Mercredi 28 octobre 2009


"C'est vrai quand on y pense. C'est ainsi qu'est faite la vie d'un homme.
Elle est faite le temps d'une seule image.
Cinq enfants en cercle. Ils écoutent quelqu'un raconter une histoire.
Ils sont assis sur des pierres. Sur des bancs de fortune qu'ils ont improvisés.
C'est ainsi qu'est faite la vie d'un homme.
C'est une image qu'on croit avoir vue, engloutie d'un seul coup par une douleur sans préavis."


Je viens de terminer "le cirque chaviré", de Milena Magnani, et comme pas si souvent, c'est la magie du coup de coeur.
En voici un résumé, très inspiré de la 4ème de couverture :

Branko le hongrois, dans ses cartons, transporte un cirque. Alors des grappes d'enfants du campement tsigane où il débarque un soir le suivent comme une ombre. Pour eux, et surtout pour la petite Senija, il raconte l'histoire de la splendeur du Kék Cirkusz, le cirque de son grand-père. Avant que la Seconde Guerre mondiale et son cortège de pogroms et de trahisons ne le résuisent à ces quelques boîtes dérisoires. Il raconte avec la voix fébrile de quelqu'un qui espère avoir assez de temps pour transmettre son héritage. Aussi, quand dans ce bidonville en bordure d'autoroute, il sent par sept fois un poignard le transpercer, il ne peut se résoudre à quitter la scène...

J'ai aimé :
Le cadre inhabituel qu'est le campement. Là vivent des gens d'origines diverses, roumains, albanais, tchèques, roms, hongrois... Débrouille, récup, codes et  cassures juxtaposées... Miléna Magnani nous immerge dans ce monde, et le mélange des langues y est certainement pour beaucoup, car, ici, pas de notes de traductions, non, les expressions des uns, des autres, ne sont jamais traduites,  pas toujours comprises, et pourtant étonnament comprises...
   
J'ai aimé le visage de la petite Senija, son regard attentif,

J'ai aimé l'histoire que conte Branko, histoire mal connue d'un peuple broyé par cette autre Histoire.

 
"Comme les enfants restaient là à me scruter avec des mines déçues, je sentais l'embarras m'envahir et, pour ne pas devoir soutenir leur regard, je détournais le mien en direction du vrombissement de la voie rapide. Vrombrissement qui emplissait le ciel au-dessus de nous et retombait telle une vapeur sur les baraques, entre les flaques marécageuses, sur les canaux des égouts.
Je demeurais un moment comme ça, puis je me décidais, laissant retomber les mèches sur mes yeux.
- bon d'accord ! Legyen !
Je retournais sur le sol la première chose que je trouvais, un cageot de fruits, un bidon de fer-blanc, et je faisais signe aux enfants de s'installer autour de moi.
-
Tehat pontosan mi az, amit tudni szeretnétek ?
Senija avait du mal à réfréner son rire et, de peur de sembler effrontée, couvrait sa bouche de sa main :
- Si tu parles ungurule personne il comprend ! Tu te comprends tout seul, si c'est ça la langue que tu parles !
C'était une fillette tranquille et sereine, avec des yeux verts et bons comme l'eau d'un baquet.
- J'ai demandé : qu'est-ce que vous avez envie de savoir ?
- Le cirque en boîte, intervenait Ibrahim qui avait rabattu sa casquette sur son front. Le cirque en boîte de quand t'es arrivé..."



 

Par Cagire - Publié dans : carnet de lecture
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Jeudi 22 octobre 2009






Aimer juste un sourire et un visage à protéger
                           des gelées et de la bourrasque

Aimer juste un sourire et un visage
                     fragiles, hors d'atteinte

Aimer juste un sourire et un visage,
                                     Pouvoir rêver,
              Frôler doucement un joyau.





Par Cagire - Publié dans : les mots de Cagire
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